La salle est plongée dans l’obscurité depuis un bon quart d’heure. Une musique angoissante passe en boucle. Toujours le néant sur scène. Comme on ne touche pas à une icône, personne ne bronche. C’est ça aussi la fidélité. On apprend qu’il s’agit d’un problème technique : un tableau électrique a disjoncté. Juste prendre son mal en patience. Un oeil clignote sur l’écran géant. Il disparaît. Surgit à nouveau. Rythmique martiale. La pupille explose soudain. Et Mylène Farmer qui apparaît sur un piédestal à plusieurs mètres du sol, chignon roux orné de crucifix, déjà conquérante. Deux immenses squelettes l’encerclent. Encore une entrée singulière.
Un frisson traverse l’assistance. Elle ouvre sur Paradis inanimé, enchaîne sur L’âme-stram-gram et sa chorégraphie batailleuse. Immédiatement, on retrouve les ingrédients de l’univers de Mylène Farmer. Ce mélange unique d’ambiguïtés sexuelles, de visions morbides, de textes névrotiques et de mélodies entêtantes. En matière de show, la production de Mylène Farmer constitue le haut du panier. Impossible de ne pas se laisser ébouriffer par la démesure des décors – surprenante bibliothèque de mannequins nus – et la puissance foisonnante du spectacle. Ici, pas le moindre dérapage, pas une once d’improvisation, tout est joué à la note près et méticuleusement mis en scène. Il y a du bon, du solide, du morceau qui scotche.
